16.5.08

Gazons

Cette semaine, mon attaché de presse me lâche un coup de fil pour une entrevue à la télé. Dans ma tête ça dit : Super! Je vais faire le plein de nouveaux lecteurs! La pédale au plancher pour parler de littérature et de l'essence qui anime la blogosphère.

— C'est pour une table ronde. Une discussion à propos de la hausse du prix du gaz.

—...

— Qu'est-ce que je dis à la recherchiste de l'émission?

— Que j'n’ai pas de char pour y aller.


N'empêche que ça aurait pu être drôle. Imaginons la scène :

Une animatrice qui carbure
Un journaliste qui a du galon.
Un représentant des pétrolières avec du sans-plomb dans la tête
Un écolo de libre-service
Moi

Après un rapide tour de table arrive mon tour :

Animatrice : « Monsieur Lalonde, chauffeur de taxi, j'imagine que l'augmentation vertigineuse du prix de l'essence vous concerne grandement? »

Moi décontracté : « Ben là présentement, ça m'affecte pas pentoute, je travaille pas.»

Animatrice dubitative : « Euh oui, d'accord, mais de quelle manière pensez-vous que ça peut affecter l'industrie du taxi? »

Moi ayant l'air de réfléchir : « J'pense que mes confrères doivent être pas mal pompé. »

Le monsieur des pétrolières de l'autre côté de la table en profite alors pour échapper un petit gaz nerveux, l'animatrice quelque peu déconcertée a un sourcil qui se soulève. L'écolo de libre-service attend son tour et le journaliste galonné se racle la gorge.

Moi embrayant en seconde : « Sérieusement, je crois que mes confrères doivent manger leurs bas et si je peux me permettre j'ai bien hâte de revenir manger les miens avec eux. »

Profitant du silence je passe en troisième et enchaîne : « J'pense que c'est une bonne chose que le prix du gaz augmente. »

Le silence serait total ne serait-ce du gloussement de monsieur sans plomb.

Moi passant en quatrième vitesse : « Non c'est vrai! Si le prix du gaz peut décourager le plus de monde possible d'avoir des chars pis surtout des gros 4X4 qui consomment sans bon sens, ça sera toujours ça de pris. Je crois que de plus en plus de gens vont se mettre à changer leurs habitudes, prendre un peu plus les transports en commun puis un peu plus de taxis. Au bout du compte, j'ai le sentiment qu'on va y gagner. Moins de trafic, plus de clients et pu un maudit chauffeur de taxi qui chiale! Que demander de plus? »

Moi sentant que tout le monde veut que je poursuive passe sur l'overdrive : « Les ressources en pétrole s'amenuisent, on fait même la guerre pour s'en procurer. Ne faut pas s'attendre à ce que les prix baissent. Je sais que les automobilistes en ont ultramarre. Tout le monde est au courant que les pétrolières sont de mèche. Elles contrôlent le prix à la pompe. Mais est-ce aux grosses compagnies qu'il faut s'attaquer ou à nos habitudes en tant que consommateurs? Je vous le demande? »

Animatrice sur le neutre : « Passons à la pause. »

Pendant qu'une publicité de voiture passe sur les ondes, des gens sortent des coulisses pour venir me dire que ça ne va pas du tout! Ce n'est très certainement pas le discours qu'un chauffeur de taxi qui se respecte devrait tenir! Je veux bien m'expliquer, mais monsieur sans plomb et le bobo écolo viennent en même temps prendre ma défense. Pendant que monsieur galon évalue la situation et que l'animatrice replace sa coiffure, j'en profite pour filer côté jardin et pars déjeuner sur l'herbe.

14.5.08

12 heures en 5 minutes


Untitled from Les éditions du Septentrion on Vimeo.

Voici donc tel que promis, la lecture du texte 12 heures en taxi, présentée lors de la soirée de remise des prix des libraires. Merci à Gilles Herman, un éditeur tout ce qu'il y a de digne malgré les rumeurs... ;-)

Libellés :

13.5.08

Prix des Libraires 2008

J’offre mes sincères félicitations au lauréat 2008 du prix des libraires, monsieur Rawi Hage pour son roman Parfum de poussière. J'ai appris que l’écrivain a été pendant quelque temps chauffeur de taxi à Montréal ! Comme quoi, les grands esprits se rencontrent. ;-) J'ai bien hâte de lire son ouvrage.

J’ai passé une soirée mémorable en compagnie de ma famille et de quelques amis dans lesquels j’inclus les gens des Éditions du Septentrion… Encore mercis à vous. Mon moment fort de la soirée fut sans aucun doute la lecture à trois voix du billet : 12 heures en taxi. Un beau cadeau offert par Catherine Trudeau, Serge Bonin et Hugo Turgeon accompagnés en musique par Benoît Rocheleau. J’ai cru entendre, qu’on a pris ce moment en images, je vous l’offre volontiers dès que je pourrai.

Pour le reste, de belles rencontres avec des amoureux des livres et des mots. Je salue au passage les libraires à qui j’ai serré la pince. Bon courage pour la prochaine cuvée…

12.5.08

1000 Mercis

Ce soir, le prix des libraires sera décerné. Je suis à la fois fébrile, détaché, nerveux, placide, en fait j’sais plus trop.

Je l’ai dit et je le répète, la nomination d’Un Taxi la Nuit pour le prix des libraires fut pour moi une très grande surprise, un honneur inespéré. Mais je serai franc, que je remporte ou pas m’importe peu. En ce qui me concerne, comme pour le reste, l’important ce n’est pas l’arrivée. C’est le chemin qu'on emprunte pour s’y rendre. N'empêche que je n’aurais jamais pensé que le taxi me ferait faire un aussi beau voyage…

Au risque de paraître redondant, je veux exprimer ma gratitude envers les gens qui m’ont accompagné dans ce périple.

Je tiens à remercier ma mère Pauline. Son courage est ma première source d’inspiration. Merci à ma famille et mes amis. Le métier que je pratique fait en sorte que, je ne suis pas auprès de vous, aussi souvent que je le voudrais. Merci à Chantal, Loup, India et Daniel. Merci à toi mon vieux Luc. Merci à Linda, Boris, Chris-Isaac, Morgane, Fiona, Nathalie et Cayen. Je vous embrasse tous bien fort. Gros merci à Stéphanie Côté pour son aide, ses conseils et sa patience. Merci aux «Odépistes» pour le support ludique et moral. Mercis particuliers à Geneviève Lefebvre, Michel Dumais, Patrick Lagacé, Sophie Bernard, Patrick Dion et Dominic Arpin pour les bons mots qu’ils ont eus pour Un Taxi la Nuit le blogue. Spéciales dédicaces pour mon ami Denis Lord qui a signé ma préface et pour ma compagne d’édition Caroline Allard qui est devenue au fil des mois, la plus «indigne» de mes amies. ;-)

Ça va évidemment de soi que je remercie les gens des éditions du Septentrion. Tout d’abord la directrice de la collection Hamac-Carnet, Adeline Corrèze. C’est elle qui à eu le flair, qui a vendu l’idée que le blogue pouvait passer de l’autre côté de l’écran. Gros mercis à mon éditeur Gilles Herman et à toute l’équipe qui l’accompagne. Sophie Imbeault, Éric Simard, Carole Corno, Pierre-Louis Cauchon et une salutation particulière à monsieur Denis Vaugeois.

Je voudrais aussi faire un salut particulier à Marie-Hélène Vaugeois. Elle n’a jamais hésité pour faire la promotion d’Un Taxi la Nuit auprès de ses consœurs et confrères libraires. Je suis sincèrement reconnaissant.

Et surtout, encore et toujours, milles mercis aux internautes et blogueurs qui ont fait d’Un Taxi la Nuit, ce qu’il est. C’est grâce à vous que le livre a vu le jour. C’est grâce à vous que le voyage se poursuit et c’est vous tous qui m’offrez la meilleure des récompenses en venant ici jour après jour posez vos yeux sur mes mots…

Merci, merci de tout cœur!

10.5.08

Montréal ma muse

J’ai délaissé ma banlieue temporaire pour quelques jours.

Elle me manquait.

Lorsque je la quitte trop longtemps, c’est elle qui me roule. Je tourne à vide, je tourne en rond. J’avais besoin de l’effleurer. De la sentir frémir. J’en ai profité pour m’en abreuver, pour m’étourdir en elle. Une dose suffisante pour me faire patienter encore quelques semaines.

La vie nous entraîne parfois sur des chemins de travers, sur des voies de services. Faut de temps en temps savoir éviter de se faire dépasser par les événements, avoir les priorités adroites.

N’empêche qu’il me tarde de reprendre la route et de refaire mes nuits en sa compagnie. Il me tarde de la retrouver, de la reprendre entièrement et de l’arpenter dans ses belles langueurs.

Il me tarde de revenir m’inspirer de son souffle.

6.5.08

R. Suicide


Ce "strip" a été dessiné il y a quelques années par mon ami bédéiste R. Suicide. Il est tiré de sa compilation My Life as a Foot. Si j'en parle aujourd'hui, c'est que Richard ne se limite pas seulement au 9e art. Du 6 mai au 30 juin, il exposera ses oeuvres les plus récentes à la galerie Monastiraki au 5478 Saint-Laurent. Ça vaut vraiment le détour.

3.5.08

TAXI.TV

Ça y est, les images tournées à bord d’Un Taxi la Nuit au mois de mars dernier sont maintenant en ligne sur le site de Metropolis TV. Une occasion unique de voir la « bête » dans son environnement naturel ;-) Une occasion aussi de faire un beau tour de ville sans que ça vous coute un sou!

Pendant que vous y serez faites un tour du globe avec les autres chauffeurs de taxi qui vous attendent au poste. Je n’ai pas encore tout vu, mais ces courts reportages à travers la planète sont pour le moins fascinant.

Je tiens à remercier Annick, Karen et Ernest de l’équipe de Kondololé Films. Ils ont réussi à mettre en images une partie de mon monde. Au-delà du portrait du chauffeur, j’ai particulièrement apprécié celui qu’ils nous offrent de Montréal.

Bonne route !

Libellés :

27.4.08

Le coeur sur la "Main"



En attendant de retrouver mes rues et mes mots, une peinture de mon ami Chansigaud. A+

21.4.08

Bâtons élevés

Aujourd’hui en vidant la cabane de jardin, j’ai retrouvé dans l’entre-toit, mes vieux bâtons de hockey. Bien cachés dans les toiles d’araignées entre deux vieux parasols, des poteaux de tente, des râteaux et des outils d’un autre âge, ils attendaient là, patiemment, prêt à entrer dans l’histoire.

Combien de buts mémorables ai-je compté avec ces bâtons? Combien de septièmes matchs et de périodes de prolongation ont-ils vécus? Combien de montées à l’emporte-pièce et de lancers frappés vibrent encore dans la fibre du bois de ces hockeys?

Bien qu’il y avait une patinoire extérieure à deux pas de la maison et que je jouais dans une ligue à l’aréna municipal, les meilleurs moments qui me viennent en tête sont ces parties de hockey-balle dans la rue avec les enfants du voisinage. Je me souviens des buts qu’on se bricolait avec des bouts de deux par quatre puis de la broche à clôture. Je me souviens comment ça pinçait de recevoir une balle gelée sur une cuisse. Je me souviens d’avoir été Yvan Cournoyer, Steve Shutt, Guy Lafleur, Larry Robinson et parfois quand il le fallait, Jacques Plante ou Ken Dryden. Incalculable le nombre d’heures passées à user du « Sherwood » sur cette 63e avenue.

Il y a pourtant un match bien précis qui me revient en mémoire. Ça se passe pendant les vacances de Noël, j’ai sept ou huit ans. Il fait très froid dehors mais pour une fois qu’on peut jouer tard le soir, on en profite. Dans le feu de l’action, je suis frappé au visage par un bâton porté haut. Je saigne un peu de la bouche mais ça fait partie des risques du jeu et ce n’est certainement pas Yvan, Steve ou Guy qui pleureraient pour si peu. Je me relève et on continue la joute. C’est une fois rentré que je me suis mis à chialer. La souffrance dégelait en même temps que mon visage. Une dent d’en avant s’était cassée dans la gencive. Comme c’était le congé des fêtes, le seul dentiste que mes parents ont trouvé se trouvait à Montréal où nous sommes descendus le lendemain. J’ai eu droit à un traitement de canal en bonne et due forme pourtant ce qui remonte à la surface dans ma mémoire sont les premiers souvenirs concrets que j’ai de Montréal.

J’avais vraiment été impressionné par les immeubles du centre-ville. Je me souviens d’être debout à côté de l’édifice Sun Life et de regarder vers le ciel. Je ne me souviens plus alors si j’ai dis c’est beau ou c’est haut car j’avais la bouche gelée et très certainement bée. Étions-nous passés voir le vieux Forum lors de cette journée en ville? Je ne me rappelle pas. Par contre, dès lors, je pouvais m’imaginer un endroit qui allait de pair avec les Canadiens de…

Espérons que ce soir, les joueurs ne rangent pas leurs bâtons.

Go! Habs! Go!

7.4.08

Refaire son nid

Ça fait maintenant plus d’une semaine que je ne n’ai pas affronté les rue de la ville. Que j’ai troqué les nids-de poule et mes oiseaux de nuit pour me faire réveiller par ceux du petit matin. Faut dire qu’où je suis maintenant, dans cette petite maison près de la rivière, ça piaille en masse. Je suis encerclé d’arbres qui chantent. Ça change des bruits de Montréal.

Il n’y a pas si longtemps, les gens de la ville venaient ici passer leurs vacances d’été. En bas de la Grande-Côte il y avait quelques chemins de terre qui descendaient vers la rivière des Mille-Îles. Ici et là à travers les champs on retrouvait quelques petits chalets saisonniers. Souvent à ce temps-ci de l’année, la rivière sortait de son lit et venait inonder ces basses terres. Ça n’a pas empêché les gens de venir s’y établir de plus en plus nombreux. Avec le temps les petits chemins de terre sont devenu des avenues de « garnotte » et entre les chalets et les champs, des petits bungalows se sont mis à apparaître. La campagne se transformait lentement en banlieue. C’est là que petit gars, je me suis ramassé, que j’ai grandi.

Je me souviens lors des crues du printemps, avec les autres enfants du coin, on se trouvait des vieilles planches pour se construire des radeaux. Pour peu on se serait cru dans les bayous. Quand lentement les eaux se retiraient, des centaines de poissons se retrouvaient prisonniers dans des lacs de plus en plus petits. C’était l’occasion rêvée de faire des pêches miraculeuses. Pendant ce temps, les pompes fonctionnaient sans cesse pour empêcher les caves de se remplir d’eau. Parfois y’avait rien à faire. Je me souviens de nombreux été à pelleter et étendre de la terre pour élever le niveau du terrain. Un été ça en fut trop, papa avait été obligé de faire lever la maison. Pour le faire, on avait ôté toute les briques du bungalow que personne n’aurait acheté de toute façon.

Plus tard on a construit une digue en amont. Les inondations ont cessées. La municipalité a couvert d’asphalte les petites avenues et les champs environnants ont lentement disparus. Papa a acheté celui qui se trouvait derrière chez-nous et je l’ai aidé à bâtir une belle petite maison, chaude et solide. Je n’ai pas vécu à proprement parler dans cette maison. Déjà la ville m’avait enjôlée. Ce que cette campagne était devenue ne m’attirait plus, la vie de banlieue ne me disait rien. N’empêche que cet endroit, ça reste encore et beaucoup chez-nous. J’y ai vécu de très bons moments. Quand je regarde dans la cour, je vois la maison où j’ai grandi et les champs autour ont beau avoir disparu, mes souvenirs d’enfance ne se sont pas effacés et bien entendu, beaucoup d’autres s’y sont greffés.

Depuis le décès de papa, cette petite maison est devenue bien grande. Si je me retrouve ici aujourd’hui, c’est que maman vient de la vendre. Le temps est venu pour elle de passer à autre chose, de changer de demeure, de se refaire un autre petit nid douillet.

Je vais passer les prochaines semaines en sa compagnie pour l’accompagner dans ce déménagement. Beaucoup, beaucoup de souvenirs à ressasser et à mettre en boîte…

Je délaisse donc le taxi pour quelque temps.

Je tenterai de venir de temps à autre vous écrire un petit quelque chose. ;-)