13.9.07

Bavures

Il est 22 heures et je "cruise" dans le secteur de la Place des Arts quand j'embarque ce couple qui semble justement en sortir. Après m'avoir salué et donné leur destination, ils se mettent à déblatérer sur le spectacle qu'ils viennent de voir. Je monte le son de la musique pour faire semblant que je ne les écoute pas, mais je n’en perds pas une miette. Ils se livrent une joute verbale qui consiste à trouver le meilleur adjectif, le plus beau superlatif pour rabaisser ce à quoi ils viennent d'assister. L'épithète vole bas, la figure de style fait de la haute voltige et l'un relance l'autre. Ils ont beau être d'accord, on dirait qu'ils se disputent. On se croirait dans une reprise des meilleurs moments de la bande des six.

Le plus drôle de la chose c'est qu'après quatre-cinq pâtés de maisons, je n'ai encore aucune idée de quoi il s'agit. De théâtre peut-être? Peu à peu, ils commencent à mettre des mots clefs autour de leurs métaphores et j'arrive enfin à en déduire qu'ils sortent de la première de Soie, le nouveau film de François Girard qui avait lieu au cinéma Impérial.
Jusqu'à la fin de la course à Outremont, ils n'en démordront pas. Je suis convaincu qu'on aurait pu se rendre jusqu'à Saint-Sauveur sans réussir à venir à bout de leur argumentaire de dénigrement. C'était pour le moins divertissant.

Devant le bar où je les dépose, l'homme descend et la femme me règle en me demandant un reçu. Alors que je remplis le petit bout de carton, le stylo que j'utilise manque d'encre et en tentant de gribouiller un peu pour le débloquer, je fais une tache sur le reçu. Je m'excuse auprès de la femme en reprenant un autre reçu pour recommencer l'opération et je dis :

— Ça a bavé...

Évidemment, je parle de la tache sur le reçu, mais la femme me regarde d'un air dubitatif et je me rends compte que mon commentaire s'applique tout à fait à la conversation qui vient d'avoir lieu. C'était juste une coïncidence, une subtilité inconsciente, mais le sourire complice de ma cliente en dit tellement long que je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour d'un air entendu.

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12 Comments:

Blogger modotcom said...

Pas mal chouette; c'est dingue la tonne de vocabulaire qu'on connaît quand on veut en faire la preuve. Que de salive perdue, que d'énergie dépensée - sans compter les sous que le spectacle leur a coûtés, pour ne dire que du mal - quel dommage. Heureusement, votre promenade fut quand même couronnée d'un sourire; comme quoi l'humanité persiste au travers de la superficialité. Bonne journée, Monsieur.

9/13/2007 8:06 AM  
Blogger da Bitch said...

Bonne nuit..tu vois, en plus de les avoir promené jusqu'à leurs bar pour continuer de d'utiliser leurs langues sales toi tu les a aidé en leurs coupant le sifflet et en trouvant l'adjectif pour Soie

9/13/2007 8:14 AM  
Anonymous Dominic Bellavance said...

Pour ma part, quand je vois un mauvais film, je ris. Je rentre à la maison avec mes copains et on s'hilare en cours de route, en récitant les répliques les plus idiotes. Au moins, de cette façon, on a l'impression qu'on n'a pas dépensé son argent pour rien (et ça exerce le bedon). Mon dernier fou-rire de ce genre remonte à la fois où j'ai vu Transformers, le film. Difficile à battre.

9/13/2007 9:58 AM  
Blogger L'Indécise said...

Drôle!

9/13/2007 10:18 AM  
Blogger Cecile Gladel said...

hahahaha, ils n'ont sûrement pas payé pour le voir...
Petite anecdote..une amie cinéphile n'a pas du tout aimé le film non plus...

9/13/2007 1:56 PM  
Anonymous pascal said...

Je ne sais pas pourquoi mais c'est toujours ceux qui font un concours de dénigrement qui ne paient jamais. J'aimerais ça les voirs écrire et réaliser un film une bonne fois.

Ceci dit, si c'est moche, on a le droit de le dire... mais de là à en faire une tirade.

9/13/2007 9:56 PM  
Blogger Pierre-Leon said...

Le plus drôle c'est que je suis retourné à l'Impérial tout de suite après cette course et j'ai fait monté une cliente qui avait adoré! Comme quoi, les goûts, les couleurs... ;-)

9/14/2007 6:40 AM  
Blogger Zoreilles said...

J'avais une prof. d'arts plastiques qui disait tout le temps : « La critique est aisée mais l'art est difficile » sûrement que vos clients n'ont pas eu la même prof. que moi!

À l'université, j'ai déjà eu un cours qui s'intitulait « Psychologie et pédagogie de la créativité » où nous DEVIONS créer un spectacle, un événement, une prestation, une production culturelle de notre choix. Le prof. nous avait dit qu'après ça, nous n'allions plus jamais porter le même regard sur n'importe quelle création...

9/14/2007 8:41 AM  
Blogger En direct des îles said...

"Ça a bavé..."
Lol...
On dit qu'à cheval donné, on ne regarde pas la bride, et pourtant il n'est pire critique que celui qui ne paye pas sa place. Faut pas chercher à comprendre.

9/14/2007 11:59 AM  
Blogger Roxane Von Allmen said...

joli quiproquos et le sourire est finalement très à propos!

9/16/2007 6:19 PM  
Anonymous Axel Folley said...

Bonjour Chevalier de la nuit! Je suis tombé par hasard sur votre blogue en parcourant mon tour quotidien du supergab! Que de souvenir en ex passager habitué des Tacos de Montréal...je me suis vite empressé de faire une recherche sur votre livre! Youpi on trouve tout sur le net, j'ai vite commandé votre recueil sur www.fnac.com ! J'ai hâte d'avaler vos aventures de la nuit! Merci Gab, merci poète de la nuit! Bonne chance. Axel Folley.

9/16/2007 7:04 PM  
Anonymous Marie-Andrée said...

Bonsoir à vous, monsieur Lalonde ..

J'ai découvert votre site ce soir et je dois dire que j'ai été agréablement surprise .. j'adore vos récits, votre façon de nous faire vivre l'histoire.. Je ne regrette pas d'avoir dépassé l'heure du coucher pour blogguer un peu ;)

9/17/2007 12:40 AM  

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