18.12.07

Jouer dans la neige

J'attendais cette soirée de tempête avec impatience. Pas pour l'entrée d'argent que ça représente — à ce temps-ci de l'année les partys de bureau couvrent amplement cet aspect de la chose —, mais surtout pour affronter ce que les aléas de la route allaient m'offrir. Un beau défi. Si certains tripent sur le snowboard ou le ski, moi mon sport extrême, c'est la conduite hivernale.

Je ne perdrai pas de temps pour vous parler de la demi-heure que j'ai passée à sortir le taxi du banc de neige. Le char a beau être encore frette, le répartiteur est en feu. Déjà, il n'appelle plus les postes. Tout part au vol. Aucun taxi ne répond. Une de ces rares soirées où ce ne sera pas les chauffeurs qui vont se battre entre eux pour avoir des clients, mais le contraire. D'ailleurs, je n'ai pas un coin de rue de fait, qu'un quidam se plante devant moi en plein milieu de la rue. Le soupir de satisfaction qu'il pousse en s'assoyant m'en dit long sur la soirée que j'aurai.

L'état de la chaussée ne m'inquiète pas autant que ceux qui se trouvent dessus. J'ai de bons pneus d'hiver et les accumulations font en sorte de ralentir le véhicule ce qu'il faut pour que ce soit vraiment dangereux. Pour être glissant, ce l'est, surtout après le passage des grattes, mais si j'avais voulu jouer ça pépère, je serais resté à la maison. D'ailleurs, beaucoup de chauffeurs ont choisi cette option. Je peux comprendre.

Les courses durent le double sinon le triple du temps. Ça avance lentement, faut faire avec les piétons dans la rue, la machinerie qui s'affaire, les autos mal parquées, les monticules laissés aux intersections et les convois sur les autoroutes qui raclent à pleine largeur. En ville, les rues rétrécissent rapidement et faut mêler agressivité et courtoisie pour affronter les véhicules à contre-sens.

Le truc de la conduite hivernale c'est d'avoir bon pied, bon oeil. Il faut éviter d'utiliser les freins, toujours placer les roues dans la direction où l'on veut que le véhicule aille et jouer du gaz. Ne faut surtout pas trop se coller près d'un véhicule stoppé, en particulier, dans une côte. Toujours se laisser un peu de jeu pour avancer et reculer même si parfois, ce n’est pas évident. En même temps, il faut se battre avec des essuie-glaces qui s'encroûtent et se taper les doléances des passagers qui viennent d'attendre parfois quelques heures pour avoir un taxi. Un petit dérapage contrôlé est excellent pour leur faire comprendre la situation sans trop parler.

Faut aussi se colletailler à ceux qui se croient invincibles à bord de leurs 4X4 — le premier soir de neige, il y a beaucoup de petits contacteurs qui se chargent de déblayer les entrées privées et les stationnements des commerces — dans la soirée je mène un client vers le centre-ville par la Côte-des-Neiges (ça s'invente pas ;-)) et j'ai un immense pick-up qui me colle au cul en flashant ses hautes. Je le laisse me dépasser et me mets dans son sillon en restant en retrait. Un peu plus loin quand ça se met à redescendre, le camion perd le contrôle et va s'appuyer contre le parapet. Je me demande si je lui ai flashé mes hautes en le dépassant? J'pense que oui! ;-)

Sans trop de temps mort, les clients se sont succédés, m'offrant chaque fois un nouveau parcours, une nouvelle course à obstacles. Et quel bonheur de pouvoir observer Montréal dans cette froide frénésie! D'avoir le sentiment de se frotter à ce tumulte et de vivre à fond l'intensité de cette saison. Et comment rester de glace devant la beauté des bourrasques qui font danser la neige avec les arbres? Une suite de scènes en rafale dont je raffole.

Une nuit remplie à ras bord. Une de celles qui laisseront des traces. Une des belles expériences de route que j'ai vécu.

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14 Comments:

Blogger crocomickey said...

Bizarre, au tout début de la tempête (genre 3 heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche), j'ai pensé au Taxi de Nuit et au billet qui en ressortirait et que je pourrais lire bien au chaud. Ce fut une bonne leçon de conduite ...

12/18/2007 9:42 AM  
Anonymous Anonyme said...

Enfin quelqu'un d'autre qui apprécie l'hiver comme moi! Vive la plus belle saison... Et merci pour cette tranche de vie.

12/18/2007 10:45 AM  
Anonymous Anonyme said...

Il y a tellement de monde négatif l'hiver. C'est vraiment agréable de lire votre texte rempli de joies hivernales. On vit au Québec, un pays nordique, faut faire avec la neige et le froid 6 mois par année, alors aussi bien apprendre a l'aimer et s'amuser avec!

Bon Hiver! et Joyeux Noel!

12/18/2007 11:25 AM  
Blogger Ma. said...

J'adore tes deux derniers paragraphes! Mais tout le reste du texte est super aussi! Comme toujours!

Et par la même occassion, je tiens à te dire que ça doit faire maintenant environ un an que je te lis et que j'attends avec impatience tes nouveaux billets!

12/18/2007 11:27 AM  
Blogger La Fêlée said...

Il y a ... 17 ANS déjà, je me rendais à mon examen de conduite...en taxi au lendemain d'une grosse tempête de décembre. Le chauffeur m'avait bombardé de conseil de conduite sur la neige, je buvais ses paroles, j'aurais pris des notes si j'avais pu. J'ai eu mon permis ce jour là, grâce aux millers de conseils du chauffeur... mais aussi parce que les stationnements de ville n'étant pas déneigés, je n'ai pas eu à faire de parallèle.

12/18/2007 3:34 PM  
Blogger Daniel Rondeau said...

C'est toujours comme ça dans le temps des Fêtes et des partys: c'est plein de flots cons...

Moi aussi, je pense à toi, surtout que j'habite maintenant, à 3 mètres (peut-être 2) du poste de taxi Messier/Mont-Royal. Tous les soirs, je préparerai du café, au cas où...

12/19/2007 9:48 AM  
Blogger REGOR said...

Super ton texte , je te voyais valser aux coins des rues......

Moi aussi j'adore la conduite d'hiver....

Tu devrais venir voir le Challenge sur glace à Sherbrooke tu rafolerais !!!

12/19/2007 8:24 PM  
Blogger Marc said...

J'aime beaucoup ce texte aussi. C'est toujours trés dépaysant de vous lire pour moi qui voit rarement la neige. A bientôt.

12/20/2007 4:01 AM  
Blogger nina de zio peppino said...

J'aime conduire dans la neige. Une fois tous les cinq ans chez nous.La route m'appartient. Personne d'autre que moi. Un très joli texte qui glisse sans déraper.

12/20/2007 9:24 AM  
Anonymous Helenem said...

Le maire de la ville devrait décréter que les jours de tempête seuls les transports en commun et les taxis - avec des chauffeurs qui aiment l'hiver, ont le droit de circuler. Tu pourrais t'en donner à coeur joie!

12/20/2007 11:39 AM  
Blogger gaétan said...

Enfin un texte qui dédramatise la situation de Montréal après cette tempête. J'habite en région et à entendre les commentaires dans les médias sur ''l'enfer'' que vivent les montréalais je m'attendais d'une journée à l'autre d'être solliciter par un organisme quelconque pour vous venir en aide:-)

12/20/2007 3:22 PM  
Anonymous Anonyme said...

Dans mon village les bazou roulais pas, c'étais en ski doo qu'on se promenais.

Montreal cochonnerie d'ile que je remplierais de sable et qu'on en parle plus.

Faut etre epais pour rester a Montreal.

12/21/2007 3:13 PM  
Anonymous zoz said...

y a pas à dire, tu aimes vraiment ton métier Pierre Léon !

tu es vraiment à ta place derrière le volant d'un taxi !

pour le plus grand bonheur des pauvres humains sur deux pattes ...

amitiés, ta 450 préférée

12/22/2007 12:17 PM  
Blogger Jocelyn said...

Esce que je t'ai inspiré celle la?
Je crois que nous sommes frères sans le savoir!

12/27/2007 2:25 PM  

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