3.5.11

Définir le tipe

Samedi, fin de nuit, les bars se vident et je reviens rapidement vers le Centre-ville sur Notre-Dame. Je viens de déposer à Pointe-aux-Trembles, trois joyeux drilles, amateurs de statistiques, de Sherwood et de séries éliminatoires et je course avec un confrère/compétiteur Co-op jusque sous le pont Jacques-Cartier. Il bifurque vers le Vieux, j’opte pour le Village.

Passé Papineau, je fonce sur René Levesque vers Amherst quand je vois un homme qui perd l’équilibre en levant le bras à mon intention. Je stoppe le taxi près de lui et l’observe faire trois pas de côté, un devant, deux autres de biais et il ne s’aide pas en venant s’appuyer sur la portière qu’il tente d’ouvrir. Ça me laisse le temps de prendre une gorgée de café froid et d’aérer le véhicule en ouvrant les fenêtres.

L’homme s’affale sur la banquette arrière en poussant un long soupir éthyliquement chargé. Je le salue de la tête, il relève la sienne avec un air de se demander où il est. Malgré sa soulographie, l’homme porte un complet soigné et sa chevelure est impeccable. On ne peut pas en dire autant de son élocution, tout aussi approximative que sa démarche.

— J’sais pas trop où j’m’en va... C’est une rue ici pas loin, j’pense.

Je venais de me mettre à avancer, mais je me range aussitôt et me tourne vers le passager avec un air qui veut dire: « allume ou j’te débarque. » Un bloc plus haut sur Sainte-Catherine, c’est le festival des bras dans les airs et mon envie de perdre mon temps avec un « égaré » est pas mal restreinte.

Le message passe bien, il prend son Blackberry et sans trop tarder, il me donne une adresse sur la rue Glacias. Une rue qui n’existe pas. Pendant qu’il me l’épelle, je tente tant bien que mal de ne pas laisser mon impatience prendre le dessus, j’allume subitement et lui demande si ce ne serait pas plutôt la rue des Glacis. Comme il n’a pas de réaction, je prends la décision de me mettre en direction. Le numéro de porte correspond bien à cette petite rue au sud de Saint-Antoine, pratiquement en dessous du pont Notre-Dame qui relie le Vieux à la brasserie Molson. On a construit là, de beaux petits jolis condos qui s’agencent parfaitement au complet de mon passager qui semble toujours se demander ce qu’il fait là, où il s’en va.

Ce n’est pas très loin, mais je roule « mononcle », je n’ai pas vraiment envie de nettoyer le dernier diner de mon passager. Les fenêtres sont ouvertes, j’ai baissé le son de la radio et j’entretien un semblant de conversation avec mon client pour l’empêcher de tourner l’œil.

Je ne suis pas mécontent d’arriver enfin devant l’adresse qu’il m’a donnée. Probablement celle d’une rencontre qu’il a faite plus tôt dans la soirée. Je me tourne et lui annonce le montant qui s’affiche sur le taximètre, sept dollars. Je l’observe se tortiller en quête de son portefeuille dans la poche de son pantalon et je souris de voir son air dépité lorsqu’il se rend compte qu’il n’y a plus d’argent. Quand je lui annonce que j’accepte les cartes, son visage s’illumine comme si je venais de lui annoncer qu’il gagnait le gros lot.

Le gros lot c’est pourtant moi qui l’ai remporté. Après avoir entré le montant de la course dans le terminal, mon passager y a ajouté un pourboire de 35 dollars! C’était à son tour de rire de mon air médusé.

Je ne sais toujours pas s’il était trop soul pour se rendre compte ou s’il voulait me remercier d’avoir trouvé le bon endroit. Je me plais à croire que c’était pour souligner la patience dont j’ai fait preuve.

Ces prochaines semaines lorsqu’un passager ne me laissera rien pour le service, je penserai au tipe de ce type et garderai mon sang-froid.

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7 Comments:

Blogger modotcom said...

! on aime les gars comme toi et on en a crissement besoin quand on est dans un état second! toujours généreuse sur le tip, tellement reconaissante quand on me prend en charge dans ces moments-là! bonne journée PL!

5/03/2011 6:24 AM  
Anonymous Anonyme said...

Il voulait peu être peser sur le 4 , mais a accroché 3 et 5. :)

Tu le mérites amplement. Laches pas on aime ca te lire.

5/03/2011 9:12 AM  
Blogger Fripys said...

Hi Hi!! Génial... Y'en a toujours un qui comble pour le reste!!

Et j'appuie Anonyme: On aime ça te lire!! Continue de nous écrire ces belles histoires!

5/03/2011 2:41 PM  
Anonymous mutuelle said...

hhh c'est génial :)

5/04/2011 4:05 AM  
Blogger crocomickey said...

Lucky guy you are mister Lalonde !

5/04/2011 8:47 AM  
Blogger Cynthia said...

Je pense qu'il a dû apprécier que tu le prennes malgré son état et que tut le mènes à bon port!

5/06/2011 1:37 PM  
Anonymous Tallinnan Risteilymatkat said...

Woohoo.. mister Lalonde!

5/13/2011 1:37 PM  

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